Shigurui

Shigurui

Shigurui représente la quintessence de la série animée sur le Bujutsu (techniques de guerre médiévales japonaises) et sur le Budo (voie menant à l’apprentissage des arts martiaux japonais, héritiers des Bujutsu).

Extrêmement esthétisé avec une mise en scène très sophistiquée, aucun plan n’est le fruit du hasard. Des costumes aux dialogues, tout est parfait, visant une précision historique peu communes aux animés plus conventionnels.

L’histoire renvoie au Japon de l’époque Edo gouverné par le shogunat des Tokugawa, avec pour trame de fond la concurrence et la haine qu’entretiennent l’un pour l’autre deux génies du maniement du sabre : Fujiki Gennosuke et Irako Seigen.

L’histoire débute par une scène anthologique où un samouraï contestataire s’ouvre le ventre, exposant ses viscères fidèlement dessinées, avant de succomber à une hémorragie détaillée dans un réalisme effrayant. Suivront intrigues, combats, trahisons et punitions…

La série rappelle une pièce de théâtre traditionnelle avec une narration lente, des échanges métaphoriques et parfois insaisissables au premier degré, une symbolique très forte (la graine, le papillon nocturne, la cigale, etc.) et la musique de Kiyoshi Yoshida basée sur les percussions et les cordes du shamisen. Autant d’éléments qui permettent au réalisateur Hirotsugu Hamazaki de consolider l’ambiance étouffante de la série.

La majorité des scènes se déroulent ainsi au sein du Dojo et dans la demeure du Senseï, dans une cour japonaise traditionnelle ou dans un jardin zen. La qualité de l’animation est en rendez-vous et laisse le spectateur sans voix, très inspirée sur le fabuleux travail de Takayuki Yamaguchi, auteur du manga.

Mais ce qui marque le plus dans Shigurui, c’est la violence extrême, parfois exagérée, de la majorité des personnages. Gennosuke étrangle son partenaire durant une séance d’entraînement pour lui « apprendre dans la douleur ». Kogan élargi la bouche de son plus fidèle disciple de plusieurs centimètres pour une phrase anodine qu’il aurait prononcé sans réfléchir, et frôle le viol incestueux pour s’assurer que sa fille unique est prête à se marier. Il arrache aussi à main nue le téton de sa compagne, sur la base d’un simple soupçon ! Sans oublier les coupes chirurgicales qui permettent de voir la moelle, les organes et l’intérieur d’un crâne, dans un exercice qui démontre l’effort de documentation en anatomie humaine du mangaka, des animateurs et du réalisateur.

Et en parlant d’anatomie, le réalisateur nous propose des scènes de combat en slow motion accompagnées de violentes percussions qui dénudent le guerrier, à l’occasion hypertrophié, déshumanisant les personnages et donnant plus de dramaturgie et de gravité aux affrontements.

Shigurui est selon moi l’une des oeuvres les plus élaborées et les plus traumatisantes jamais produites, autant sur le plan psychologique que visuel ! Malheureusement, très peu ont en saisit l’essence et beaucoup ont été déçu par le dernier épisode.

Shigurui est paru en manga de 15 volumes signé Takayuki Yamaguchi, basé sur le premier chapitre du roman de Norio Nanjo Suruga-jo Gozen Jiai, et adapté en série animé de 12 épisodes par Studio Madhouse.

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